Tervuren Info

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Les propos de Platon

En Grèce, en l'an 399 avant J.-C., suite à un procès politique, Socrate fut condamné à boire la cigüe. Il était, entre autres, accusé de corrompre la jeunesse et de ne plus reconnaître la religion de l'Etat.  Platon, qui a été son élève pendant 9 ans, nous a transmis plusieurs textes relatant la défense de Socrate. Dans son "Apologie de Socrate" nous lisons ces paroles attribuées à son maître: "... c'est aujourd'hui la première fois de ma vie que je comparais devant un tribunal, à plus de septante ans; je suis donc véritablement étranger au langage qu'on parle ici.

Et bien, de même que, si j'étais réellement un étranger, vous me laisseriez parler dans ma langue maternelle et à la manière de mon pays, je vous conjure - et je ne crois pas vous faire là une demande injuste - de me laisser maître de la forme de mon discours, qu'elle soit bonne ou mauvaise ..." (1) La partie, mise par nous en caractères gras, est fort intéressante. Elle indique, qu'il y a plus de 24 siècles, il était évident en Grèce que la justice devait se faire dans la langue du justiciable ! Aujourd'hui en Flandre, nous sommes loin de cette situation.  Et, il faut constater que même en Grèce la situation s'est détériorée. Ainsi,  en 1995, les autorités grecques ont engagé des poursuites pour “incitation à la haine” contre quatre membres du mouvement politique Vinozito de la minorité macédonienne (2). Quel était leur crime? Tout simplement d’avoir accroché devant leurs bureaux de Florina, dans le nord du pays, un panneau bilingue avec le nom de leur mouvement en grec et en macédonien ! Encouragés par les autorités locales, les médias et le clergé, des "citoyens grecs révoltés" ont saccagé les bureaux de Vinozito et s’en sont pris physiquement aux militants présents, sous l’œil de la police locale. Une plainte, déposée par Vinozito auprès de la justice grecque, est restée sans suite. Après avoir épuisé tous les recours, le mouvement a décidé de porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme. Fin octobre 2005, cette dernière a condamné l’Etat grec à verser à Vinozito la somme de 35 000 euros en réparation du préjudice subi.  Cet épisode grec est fort intéressant. Tout d'abord, constatons que l'intolérance vis-à-vis de l'utilisation en public d'une langue minoritaire est malheureusement bien présente en Flandre. Les bâtiments  communaux, payés par tous, sont interdits aux associations dont la langue véhiculaire des membres n'est pas le néerlandais. Des  pressions, légales ou non, sont utilisées pour empêcher l'utilisation en public du français. Ainsi l'affichage en français n'est pas autorisé au  marché de Tervuren.. Ensuite, cet épisode démontre les difficultés d'application des lois de protection des minorités. Celles-ci sont en principe excellentes et applicables dans toute l'Union Européenne. Le seul hic: il faut que la majorité admette qu'il existe une minorité ! Et par exemple pour le parlement flamand, il n'y a pas en Flandre de minorité à protéger. En Grèce, une situation semblable n'a été améliorée qu'après un jugement satisfaisant,  mais de portée restreinte.Et, il faut bien constater, à la lecture de l'humour de Mr Leterme, que la Flandre n'a rien perdu de sa rage annexionniste. Ainsi,  une bande de, disons poliment "farfelus", ayant décidé que des quartiers et communes comprenant des majorités de francophones sont définitivement flamands, certains s'imaginent que, pour s'intégrer dans leur 'milieu', ces francophones vont bavarder entre eux en néerlandais! Il est vrai que, dans les conseils  des "communes à facilités", les autorités flamandes ne veulent pas comprendre "oui" et "non" et exigent leurs équivalents "ja" et "neen". C'est peut-être cela la protection des minorités!    

Platon

NOTES
1) Platon; "Le procès de Socrate - Eutyphron, Apologie de Socrate, Criton"; Librio N° 636. 
2) Les péripéties d’un manuel scolaire, article de Andreas Anastasiou paru dans "Forum (Skopje)" et traduit en français dans le N°836 du Courrier International (daté du 9 novembre 2006).